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1400 km en stop à travers le Chili : direction Iquique !

C’est pendant notre semaine dans la vallée de l’Elqui qu’on a commencé à réfléchir sérieusement à la suite immédiate de notre périple chilien. Du point de vue des guides touristiques, il n’y a rien, absolument rien à voir au Chili entre cette vallée et le désert d’Atacama… près de 1000 kilomètres plus au nord ! Notre plan A était donc de sauter dans un bus de nuit, qui permet de quitter la vallée de l’Elqui en fin d’après midi et de se réveiller le lendemain à San Pedro de Atacama. La solution efficace, quoi. On l’a finalement laissée de côté, et on a décidé de profiter de l’occasion qui se présentait à nous pour effectuer une plongée hors des circuits touristiques, pour découvrir un peu mieux (et un peu plus longtemps) ce pays qui nous plaît beaucoup. Et pour ça, quoi de mieux que de se lancer dans une expédition en stop ? Voyager en compagnie de gens du coin, en apprendre plus sur le pays, se laisser porter par le hasard et s’arrêter au feeling pour des étapes imprévues ? Vamos !

Notre remontée vers le nord du pays nous prendra trois jours, pour parcourir 1400 kilomètres. Il faut dire qu’on prend notre temps ; le matin, on n’attaque jamais avant 11h… Après tout, il n’y a aucune raison de se faire du mal, et on peut très bien être auto-stoppeurs à mi-temps ! Il faut dire aussi qu’en cours de route, on change de destination ; plutôt que de se rendre tout de suite à San Pedro de Atacama, on décide de monter d’abord jusqu’à Iquique, la grande ville du nord du pays. Apparemment, on cherche tous les moyens possibles de prolonger notre séjour au Chili !

En cours de route, on découvre des paysages vraiment marquants. Montagnes pelées et colorées (qui nous rappellent un peu le nord ouest argentin), parsemées de cactus, vastes étendues désertiques… Le plus étonnant est surement de voir le désert se prolonger jusqu’à l’océan, se confondre avec la plage et comme se jeter dans le Pacifique. Entre les villes, sur des centaines de kilomètres, il n’y a rien, rien que la ruta 5 qui file à travers le désert, longe l’océan, s’en éloigne puis le rejoint à nouveau. Le long de la côte, quelques rares villages de pêcheurs (une poignée de cabanes en bois tout au plus), quelques ruines (notamment une ballaneria, ancien lieu de dépeçage des baleines) et des petits cimetières en bois, dernières traces des anciens villages de l’âge du salpêtre, aujourd’hui disparus.

Au passage, on fait étape à Caldera, petite ville désolante de bord de mer, assez glauque avec ses mini casinos et son centre désert (être un lundi de basse saison n’arrange surement rien), puis à Antofagasta, où on restera pour une journée de repos, le temps d’un rapide tour du centre ville et d’un passage à la piscine pour une session natation (eh oui, faut pas croire, on s’entretient !). C’est l’occasion de découvrir un autre Chili, le « Chili profond », à la modernité inachevée où règne la débrouille et où la pauvreté se fait beaucoup plus visible. Il y a de très nombreux magasins, on est en pleine société de consommation mais avec une population qui n’en a pas forcément les moyens ; « tout est cher au Chili », nous répète-t-on souvent (et en particulier ici, à Antofagasta), et on est étonné par une économie qui semble à deux vitesses : au supermarché, les prix sont les mêmes qu’en France (dur, quand le salaire minimum tourne autour de 300 euros…), mais au marché, on peut manger un repas complet pour 3 euros.

Mais surtout, notre petit trip en stop nous aura permis de faire plein de rencontres. En trois jours, neuf personnes se seront arrêtées pour nous embarquer, parfois simplement pour nous avancer jusqu’à la sortie de la ville, parfois pour plusieurs heures de trajet. L’occasion de rencontres sympas et d’en apprendre plus sur le Chili : Alexis le jeune informaticien qui nous parle du coût des études au Chili (2e pays des études les plus chères après les USA !), Alfredo qui nous fait découvrir un monument étonnant, la Mano del Desierto, que les Chiliens adorent, Santiago et sa femme Uniqua qui font carrément un détour pour nous faire visiter un village de bord de mer des environs, Bahia Inglesa, puis qui ne nous laissent partir qu’après nous avoir offert un cadeau d’adieux (bon ok, c’est un exemplaire du nouveau testament en espagnol, mais quand même !), Sonia, une biologiste intarissable sur l’histoire et la géologie de la région, ou encore Alek, chauffeur routier qui nous offre notre première balade en poids-lourd… Chacun à leur manière, ils nous auront permis de découvrir un peu plus le pays, et auront achevé de nous convaincre que les Chiliens sont vraiment, dans l’ensemble, super cool, accueillants et tchatcheurs ! Et en plus, comme quasiment personne ne parle anglais ici, on s’améliore en espagnol !

Côté pratique, le stop au Chili, de notre expérience, ça marche super bien ! On aura parcouru nos 1400 kilomètres sans jamais attendre plus de 5 à 10 minutes avant que quelqu’un nous prenne, sauf une fois, dans le village de Tocopilla, mais là il faut dire que vraiment c’est un coin paumé (et qui se trouve, nous apprend-t-on en route, être le bled d’origine d’Alexis Sanchez ; comme quoi aimer le foot permet de briller dans les conversations en stop).

On finit par arriver à Iquique, grande ville de bord de mer, coincée entre l’océan et les montagnes, bordée également d’une dune de sable géante (l’une des plus hautes au monde, paraît-il). Moderne, assez cosmopolite (proximité du Pérou et de la Bolivie aidant), la ville est assez agréable, avec ses grandes plages où se retrouvent les surfeurs, son centre vivant et son petit quartier historique. Autrefois péruvienne, Iquique est devenue chilienne en 1883 à l’issue de la guerre du Pacifique qui vit le Chili récupérer de larges pans de territoires jusqu’alors péruviens ou boliviens. Dans la foulée, la ville connaît la prospérité grâce à l’âge d’or de l’industrie du salpêtre, qu’on extrait en grandes quantités dans le désert tout proche. Les riches industriels et marchands se font construire de belles maisons en bois (en pin d’Orégon, dont les navires chiliens revenaient chargés), qu’on peut admirer encore aujourd’hui dans la rue Baquedano, élégante rue piétonne pavée et agrémentée de trottoirs en bois soigneusement entretenus (du parquet dans la rue !), bordée, donc, de ces anciennes demeures. Autour de la place centrale, on peut aussi visiter l’ancien théâtre, tout en bois lui aussi, et l’ancien casino espagnol, au style mauresque.

Le long du front de mer, les pélicans et les sealions ont pris leurs quartiers et assurent le spectacle !

La ville nous plaît bien et on y  passe finalement 5 jours, bien plus que prévu. On en profite pour faire un aller-retour à Humberstone, ancien village construit autour d’une usine d’extraction du salpêtre, à 50 km d’Iquique. C’est aujourd’hui un village fantôme, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. En déambulant dans les rues poussiéreuses et écrasées de soleil de ce village de bicoques en bois, on imagine assez facilement que la vie ici ne devait pas être facile tous les jours… D’autant plus que, perdus au beau milieu du désert, les ouvriers et leurs familles étaient totalement dépendants de leur employeur, qui ne les payait pas en argent officiel, mais en jetons à utiliser exclusivement dans les magasins de l’entreprise installés dans le village…

On finit par sonner le signal du départ, et on prend la route de notre dernière étape chilienne, le désert d’Atacama !

Infos pratiques

– A Antofagasta, bon plan logement qui nous a été donné par le gérant d’un autre hostal : les chambres du café « La Avenida », que rien n’indique depuis la rue. Très clean, 23000 pesos la chambre double
– A Iquique, Hostal Aloja Inn, rue Baquedano, vraiment TB, chambre double avec SDB négociée à 20000 pesos(au lieu de 24000)
– Pour aller à Humberstone : Minibus devant le marché central, 4000 pesos AR par personne (entrée du site : 3000 pesos par personne)
– Au marché d’Iquique, menu del dia 2500 pesos

9 reflexions sur “1400 km en stop à travers le Chili : direction Iquique !

  1. G

    Oh les vilains employeurs !! Il y a prescription ? Je sens Nico prêt à dégainer le code du travail (plus utile que le nouveau testament’ soyons honnêtes :D) !!!

    1. Kikis Auteur de l'article

      C’est sur qu’on croit plus au code du travail qu’au nouveau testament. Ceci dit là c’est un peu tard, les exploitations du salpêtre ont fermés dans les années 1960. Quand même dans les années 20, la loi chilienne a interdit cette pratique des jetons suite aux grèves ouvrières… comme quoi la lutte paie !

  2. Kat

    Le désert qui se jette ds le Pacifique… De la poésie pure
    C’est vrai que l’autostop permet des rencontres aléatoires, diverses et enrichissantes.
    Quant au Nouveau Testament en espagnol, il peut intéresser qqun sur Le bon coin!

  3. Amandine

    C’est splendide ça donne vraiment envie votre tour du monde. j’espère que vous profitez de chaque jour…. Vous nous en mettez pleins la vue avec vos belles photos. Merci. gros bisous à vous 2

  4. CrèchCop

    J’adore ce côté « oh puis non on va prendre notre temps » vous avez eu mille quatre cents fois raison.
    Profiter de ce temps pour visiter une autre richesse du pays … son coeur, c’est souvant le plus dépaysant, vous savez que je parle d’un vécu.
    Merci encore de continuer à me/nous faire voyager

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