
Mexique – Chihuahua : à travers les Barrancas del Cobre avec le train El Chepe Express
Nouvelle expérience au Mexique : après nos deux mois et demi en basse Californie on a décidé de traverser le golfe de Californie et d’aller explorer le nord du pays, en commençant par un voyage en train à travers les paysages grandioses de la Sierra Madre Occidental.
Ce voyage à bord du train El Chepe, ça faisait un moment qu’on l’avait dans un coin de notre tête, et il ne nous a pas déçu ! Dans ce post, on vous donne les infos pratiques pour organiser ce trajet en train, et on vous raconte notre voyage.
Organiser son voyage à bord du train El Chepe Express : les informations pratiques
El Chepe Express circule sur la ligne Chihuahua – Pacifique entre le village de Creel (Etat du Chihuahua, au cœur de la Sierra Madre Occidental) et la ville de Los Mochis (Etat du Sinaloa, proche de la côte) dans les deux sens.
C’est une ligne essentiellement touristique (il y a aussi une liaison locale sous le nom El Chepe Regional, qui va jusqu’à la ville de Chihuahua mais avec un accès restreint pour les étrangers), qui permet de parcourir environ 400 kilomètres surtout dans la montagne, via plus de 80 tunnels et 30 ponts, et de découvrir la Sierra Madre Occidental et, si on s’arrête, le canyon del Cobre.
Attention, le train ne circule pas tous les jours. En 2026 dans le sens Los Mochis – Creel il part les lundi, jeudi et samedi (à 7h du matin), et dans le sens Creel – Los Mochis les départs sont le mardi, vendredi et dimanche (à 8h du matin). Le trajet complet dure 9h40 (la différence entre l’heure de départ et d’arrivée et trompeuse car on change d’heure en cours de route entre le Chihuahua et le Sinaloa).
En ce qui concerne le tronçon choisi, on peut raccourcir le trajet et n’en faire qu’une partie (notamment pour réduire un peu le coût) : dans ce cas le plus simple est de supprimer l’une de ses extrémités, donc soit le tronçon Los Mochis – El Fuerte, soit celui entre Creel et Divisadero (dans ce cas on prend le bus). On peut aussi faire des étapes sur le trajet et remonter dans le train un autre jour (mais ce n’est pas toujours super pratique vu qu’il ne passe pas tous les jours).

En ce qui concerne le tarif, disons le d’emblée, El Chepe c’est pas donné ! Le prix exact dépend de trois paramètres : le trajet, la période et la classe choisis. Le tableau ci-dessous récapitule tous les tarifs 2026 pour la basse saison (toute l’année sauf périodes de pâques, juillet – août, et fêtes de fin d’année).

En lien avec le tarif, il y a donc un choix à faire entre les trois classes proposées : Turista (3e classe), Ejecutiva (2e) et Primera (1ère).
De l’une à l’autre le niveau de confort va varier, mais aussi et surtout celui de visibilité (c’est tout simplement la taille des fenêtres qui change), avec un très gros plus en primera qui est l’accès à des wagons panoramiques (une salle en hauteur sous dôme vitré au wagon restaurant et une « terrasse », c’est-à-dire un dernier wagon entièrement vitré et dont fenêtres s’ouvrent, idéal pour les photos d’autant qu’on se déplace librement d’un côté à l’autre).
Enfin niveau repas, à bord en principe la nourriture extérieure est interdite, mais on ne nous pas du tout embêtés quand on a sorti notre pique-nique. Sinon dans les 3 classes il y a accès à un wagon bar – restaurant.
Pour toute précision et pour les réservations en ligne il faut aller sur le site officiel d’El Chepe : https://chepe.mx/
Notre voyage à bord d’El Chepe, de Los Mochis à Divisadero
On a choisi de faire le trajet Los Mochis – Divisadero, avec une étape de deux nuits à Divisadero puis de prendre le bus jusqu’à Creel (pour ne pas attendre jusqu’au train suivant) pour une deuxième étape de deux nuits.
C’est en ferry depuis La Paz, Baja California Sur, qu’on arrive à Los Mochis (plus exactement au débarcadère de Topolobampo, duquel on rejoint la ville de Los Mochis en 30 minutes de taxi – 400 pesos), après une traversée plutôt cool de 7h (un départ par jour sauf le dimanche, tarif 2000 pesos par personne sans véhicule, réservations sur le site de la compagnie Baja Ferries). Notre heure d’arrivée (environ 22h) rendait difficile de rejoindre El Fuerte le soir même ou le lendemain matin avant le départ du train, d’où notre choix de le prendre de Los Mochis par simplicité.
On passe la nuit dans un micro bnb juste en face de la gare, et le lendemain nous voilà prêts à embarquer à 6h30 et plein d’enthousiasme ! A peine montés on visite partout, on est tout excités : à l’intérieur c’est aménagé à l’ancienne, dans un style un peu rétro, c’est la full experience train ! En plus on doit avouer qu’on s’est fait un luxe et qu’on a pris la primera clase pour profiter de ses wagons panoramiques : un choix qu’on n’a pas regretté vu que ces espaces permettent vraiment d’en prendre plein les yeux.




Sur le tronçon Los Mochis – El Fuerte, effectivement il n’y a rien d’incontournable. On traverse la campagne et quelques modestes villages, rien de bien spectaculaire.

Les choses sérieuses commencent sur le tronçon El Fuerte – Bahuichivo, surtout quand on passe le pont d’agua caliente, sur le Rio Fuerte, une petite heure après El Fuerte. À partir de là, le trajet se fait en zone montagneuse, le train enchaîne les points de vue tout en commençant à grimper vers le cœur de la sierra madre. Les ponts, les rivières et réservoirs, les canyons se succèdent. Au passage on franchit la frontière entre le Sinaloa et le Chihuahua, au niveau du pont le plus haut du parcours (102 mètres).








Au niveau de Temoris le train s’attaque à une longue montée en lacets pour prendre 300 mètres de hauteurs, c’est l’un des plus beaux points de vue du trajet.



On passe notre temps entre le wagon « terrasse », vraiment très cool, et nos places, et on apprécie chaque instant.
Sur le tronçon Bahuichivo – Divisadero, le train continue sa route dans la montagne de plus en plus couverte de pins, le climat se rafraîchit un peu, et les points de vue sont moins impressionnants



Deux jours d’étape à Divisadero
Le point de vue vraiment impressionnant, on le trouve en descendant du train à Divisadero, puisque le canyon del cobre est juste de l’autre côté, à 50 mètres (mais il n’est pas visible depuis le train !). Les inévitables lettres sont juste en face de la gare, un peu plus loin un pont suspendu a été installé, des deux endroits on est parfaitement placé pour admirer ce canyon aux dimensions impressionnantes



On aura le temps de l’observer puisqu’on se pose pour deux nuits à Divisadero, ou plutôt à Areponapuchi, le hameau qui se trouve à 4 kilomètres de la gare (à la gare il n’y a rien hormis un hôtel de luxe). Pour le trajet on est un peu captifs des navettes des hôtels d’Areponapuchi, vu qu’il n’y a aucun bus ni taxi, donc c’est clairement le racket (100 pesos par personne le transfert de quelques minutes).
On profite de notre jour complet sur place pour se faire une rando dans le canyon. La première partie consiste à marcher d’Areponapuchi jusqu’à la station de téléphérique, ce qui représente d’abord 2,5 kilomètres sur route parmi les pins puis un bon kilomètre de plus de l’entrée du parc Barancas del cobre (50 pesos) jusqu’au téléphérique. On longe alors le canyon en passant par plusieurs Miradors (dont un avec passerelle au-dessus du vide pour le frisson), avant d’arriver à la station, qui se veut petit parc d’attraction avec diverses activités du type zipline, via ferrata, accrobranche, il y a pas mal de monde.



La deuxième partie de cette rando consiste à faire le même trajet que le téléphérique, mais à pied, pour rejoindre la station d’arrivée. C’est donc une rando au format descente remontée (-600 mètres en descente progressive puis + 350 mètres, vu que le promontoire où se trouve la station d’arrivée est plus bas que la station de départ), sur environ 5,5 kilomètres (2h – 2h30), et sur un sentier balisé (ruta lomo, balisage avec des points rouge sur les roches), de toute façon pour l’orientation c’est simple, en gros on suit les câbles du téléphérique (et de la zipline). Au point le plus bas on traverse le hameau de Bacajipara, où vit une communauté Tarahumara (on s’y est un peu compliqué la vie pour trouver notre chemin alors qu’il suffit de traverser toujours tout droit d’une barrière en bois à l’autre). C’est une très belle balade qui permet d’apprécier le canyon de l’intérieur, dans le calme (on n’a pas croisé un seul autre randonneur). Pour le retour, on s’est épargné la marche sur le même chemin dans le canyon et on a expérimenté le téléphérique (180 pesos par personne), avant de repartir vers Areponapuchi.







Deux jours d’étape à Creel
Pour rejoindre Creel, on prend un bus de la compagnie Noroeste qui passe plusieurs fois par jour (vers 7 ou 8h, puis 13h15), et qui va jusqu’à Chihuahua (il y a aussi des bus de la compagnie Rapidos Cuhautemoc mais on n’a pas trouvé les horaires). On le prend devant la gare ferroviaire de Divisadero et on achète les billets sur place (un vendeur se pointe un peu avant le bus, ce n’est pas une arnaque. Billet 160 pesos, trajet une petite heure). A Creel, on descend en plein centre.
Le village est un peu particulier, il réussit à avoir à la fois des airs de station de montagne et de far west, il est dans son jus et touristique en même temps. Il y a une vraie ambiance nortena, avec tout ce qu’il faut : chapeaux de cow-boy, façades en bois, odeurs de viande grillée… On fait un petit tour du centre, autour du zocalo et de la voie ferrée, mais c’est assez vite vu. En chemin on croise des gens de différents styles : petits jeunes branchés, mecs en mode cow boys, personnes de la communauté Tarahumara reconnaissables à leurs vêtements colorés, et puis bien sûr des touristes, très reconnaissables aussi.



Notre hôtel (Creel eco-hôtel & spa) est très très cool, on a profité de ses promos de basse saison et on ne s’est pas loupés, on hérite d’une chambre tout en bois avec poêle et lit ultra confortable, et on a bien utilisé la belle salle de sport (ouais on s’entretient !) et aussi son jacuzzi et son sauna (ouais on se détend aussi !), et puis aussi son bar avec ses bières artisanales maison (no comment) !
Le lendemain, c’est journée vélo, on se programme un beau petit circuit de 25 kilomètres pour voir les principaux sites des environs de Creel. On loue les vélos chez Rawe sports (600 pesos le vélo pour une « demi-journée » de 6h, à partir de 10h le matin, c’est pas donné mais les VTT sont très bons et de toute façon il n’y a pas tellement d’autres options).
Notre boucle nous emmène d’abord vers les Valle de los hongos et de las ranas, à 4,5 km de Creel (Accès 50 pesos, incluant aussi le lac). En fait c’est la même vallée, habitée par une communauté tarahumara et entourée par une sorte de petite muraille de roche couverte de pins, où on trouve des roches volcaniques sculptées par l’érosion, dont les formes font plus ou moins penser à des champignons, et un peu plus loin à des grenouilles. Le site est peu étendu, on fait un arrêt rapide. Juste à côté, on fait aussi un stop au niveau de la charmante petite église de San Ignacio.





On prend ensuite la direction de la valle de los monjes, 6,5 km plus loin à travers la campagne, la balade est super agréable. On arrive à la valle de los monjes (accès 20 pesos) où on peut voir des roches dressées bien verticalement, ce qui a donné des idées aux esprits mal tournés. On pose les vélos et on grimpe un peu parmi les pierres, le paysage est vraiment cool, on s’installe pour le pique-nique avec nos paninis achetés le matin à Creel (sinon il y a une tienda à l’entrée).




Ensuite on se dirige vers le lac qu’on atteint après 5 km de piste forestière, au niveau du haut de sa pointe gauche. On abandonne assez vite notre tentative de tour du lac (le sentier est assez technique puis surtout le passage est fermé par une clôture), on descend donc tout droit le long de sa rive gauche jusqu’à la route (1,5 km), et on se pose un peu pour admirer ce beau lac alpin totalement désert.



Il reste ensuite à rentrer jusqu’à Creel par la route, sur 7 kilomètres, pour boucler cette belle balade !
Une étape technique à Chihuahua
On quitte ensuite Creel pour la ville de Chihuahua : à nouveau il y a le choix entre les bus de noroeste (400 pesos) ou de rapidos cuhautemoc (357 pesos), dont les agences sont quasi côte à côte calle Francisco Villa au niveau du zocalo de l’autre côté de la voie ferrée. Il y a de nombreux départs tous les jours, et le trajet dure 5h.
On sort de la sierra madre occidental et on descend vers la mesa central et le désert de Chihuhua, le paysage change vite.
On s’arrête une journée dans la ville de Chihuahua, qui ne nous a pas emballé plus que ça. On s’est un peu baladé dans le Centro historique (dans la zone entre la Plaza hidalgo et la Plaza de armas) qui est assez moche et qui n’a pas grand intérêt, hormis peut-être pour sa cathédrale (de l’extérieur, et encore). On n’y a rien trouvé de spécial à part calle libertad un enchaînement de magasins pour acheter des bottes en cuir et chapeaux de cow boy (tentant, mais bon on n’a plus de place dans nos backpack !). On est aussi allés visiter le musée de pancho villa (entrée 30 pesos) mais il n’est vraiment pas fou fou non plus (c’est surtout un amas d’armes et d’objets sans vraies explications), la Quinta Gameros (villa de style européen du début 20e ambiance art-déco, bof. Entrée 38 pesos) et la casa chihuahua (un peu mieux mais tout dépend des expos du moment, on a eu la chance de tomber sur une expo photo plutôt cool. Entrée 50 pesos).







Une journée sur place nous aura amplement suffit et on reprend ensuite la route direction l’état du Coahuila : 11h30 de bus (qui deviendront 15h !) nous attendent !